Du pain et des jeux, p’is aussi des emp’ois !

Publié le par ELmaTador

Exilé loin de ma terre natale mais toujours en territoire métropolitain (faut rien exagérer, quand même), je suis l'objet fréquent de plaisanteries sur un prétendu nationalisme breton, plaisanteries que j'entretiens il est vrai par un savant mélange de légendes brisées et de préjugés fondés. Mais à mon grand désarroi, je ne parviens à tirer de ma mémoire que des bribes de mots bretons et quelques jurons qui contribuent à me rendre crédible. En résumé, je baragouine, et cela correspond assez bien à mon inquiétude insistante à demander, tel Averell, quand est-ce qu'on mange et qu’est ce qu'on peut boire. Bara = le pain, gwin = le vin, le tout offre un accord gastronomique simple et efficace et, accessoirement, un joli mot de la langue française.

 

Or si je baragouine en breton, je m'estime assez bon connaisseur de ma natale langue, j'ai nommé... le français bien sûr, pour ceux qui n'auraient pas encore compris que j'avais bien digéré le mariage d'Anne de Bretagne avec Charles puis Louis. En tant que francophile impénitent, je reçois avec plaisir et sérénité les critiques sur mes défauts de langage, qui ne peuvent que me faire progresser. Cela dit, je n'ai pas poussé le vice jusqu'à prendre une journée de RTT pour bachoter avant la dictée de Pivot.

 

En fait de défauts de langage, je ne souhaite pas parler des miens mais d'un travers récurrent chez les journalistes et les politiciens qui entraîne une confusion dans l'esprit du citoyen. Un travers qui peut amener à comprendre de travers la rectitude d'un propos droit. Ce défaut consiste en la prononciation erronée du mot "emploi". Dans la bouche de maintes personnes (et surtout des personnalités - à croire qu'à l'Assemblée Nationale et à Matignon la prononciation correcte soit proscrite, m'incitant à y voir une volonté subliminale de faire passer un message idéologique sournois), ce mot devient "[ãpwa]". Pour les rares égarés qui ne sauraient lire la phonétique, cela donne "empois". Et paf !... Nous y voilà, la confusion naît LÀ !

 

L'empois, nous dit le petit Larousse, est un "apprêt à base d'amidon destiné à donner de la raideur au linge". Un autre dictionnaire donne même cet empois, pardon, cet emploi du mot : "une belle fille blonde et blanche, moutonnière et tendre sous un empois héréditaire d'orgueil royal" (phrase à interpréter à loisir dans le contexte actuel d'un retour en force et hypermédiatisé des Royalistes – pas les mêmes qu'avant – et encore...). On me signale également la possibilité d'utiliser ensemble les mots "empois" et "faux-col". Vu ce qui suit, j'aurais préféré "faux-cul"...

 

Quand j'entends Dominique de Villepin expliquer sa "politique de l'empois", je m'attends à un durcissement de la législation. Lorsque le 1er mai (où je reste dans mon lit douillet, au même titre que le 14 juillet), je vois hurler dans toutes les rues de France : "On veut des empois ! Maintenez nos empois !", je suis pris d'une inquiétude : mes compatriotes veulent-ils être des robots, engoncés dans leur uniforme de travail ? Je vois très bien Marie-Antoinette déclarer innocemment : « Le peuple n’a pas de pain ? Qu’il mange de la brioche ! Il veut des empois ? Qu’il fasse cuire des pâtes ! »

 

Aujourd’hui, tous les politicards, d'Arlette à Jean-Marie, font même de l'empois une des grandes causes nationales.  Je commence à craindre un complot d'envahisseurs (par exemple asiatiques, car grands producteurs de riz et par conséquent d'amidon) souhaitant geler toute évolution, blinder notre pays, le figer dans ses traditions, engourdir les citoyens, raidir notre cerveau, et que sais-je encore.

 

Et là je dis STOP ! Il faut que j'arrête de dire des bêtises suscitées par une contrefaçon linguistique fort commune. L'important, me direz-vous, c'est que l'on comprend le sens du mot grâce à son contexte. Et vous aurez raison, hélas.
De mon côté, c'est juré, je ne dirai plus jamais du mal de l'Académie française et de ses vieux croûtons tout secs. (Et merde...)
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Publié dans cafeducommerce

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Y
Je m'énerve personnellement sur deux expressions différentes :<br /> * mettre à jour au lieu de mettre au jour<br /> * les questions posées comme suit : est-ce que Sarkoza ne va-t-il pas être candidat ?<br /> J'en suis à mon 3 è téléviseur, faut que je me calme...
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