500 jours par an (au moins)
Du 13 au 17 octobre, toutes les écoles primaires en France, en Navarre, à St-Pierre et Miquelon et chez moi à Madagascar ont eu droit à la semaine de l’Europe (1). Dans le même temps, c’était une nouvelle fois « Lire en fête » qui donne aux enseignants bonne conscience : au moins une fois par an, nous faisons notre devoir pour combattre les assauts répétés de l’immonde concurrence de Mme Playstation, de M. Wii, de Me Nintendo DS. Il y a peu, on a eu droit à la Journée mondiale de la misère, à celle sans tabac et à celle de la ménopause ! Même dans mon coin perdu de la planète, nous sommes cernés : ma femme va au dispensaire pour un renouvellement de vaccin banal et en ressort sans vaccin mais avec un lever de drapeau, un discours et une intro de la Semaine de la mère et de l’enfant. À quand la Journée mondiale des pieds-bots en colère qui manifestent pour une plus grande visibilité au cinéma ? Celle des coléoptères d’Afrique subsaharienne agacés par les embouteillages à l’heure des migrations annuelles ? Celle des mangeurs de cahouètes OGM ostracisés en France à cause de leur choix alimentaire militant ? Ou celle de ceux qui prononcent le « t » final de « yaourt » et le « s » final d’« ananas » ? Tout se célèbre. Une année de 500 jours n’y suffit plus. On se donne bonne conscience à pas cher ; intéressant en ces temps de crise. On lève un drapeau, on fait gribouiller les gamins faussement innocents, chanter les vieux décatis, courir les boiteux indigents. On offre des lunettes aux aveugles, des stylos aux manchots, de la choucroute garnie aux anorexiques et des téléphones portables aux Bushmen de la brousse du Kalahari. Un jour ou une semaine par an, les éclopés que nous sommes tous à un titre ou à un autre ont droit à un reportage de TF1, un encart dans Libé, une casquette sponsorisée par une multinationale qui fait sa pub. Un débat sur les ondes, cinq minutes d’exposition médiatique, et c’est reparti pour une année d’ignorance. La société mondiale de l’info se mange la queue, s’auto-alimente. Normal. L’image, le virtuel, est devenu plus réel que les faits eux-mêmes. Rien n’existe en dehors de ce dont on parle. Ça, c’est de la métaphysique habillée en surfeur biceps gonflés sur les vagues de l’info au quotidien. On préfère une voisine coincée dans le Loft télévisuel qu’une en chair et en os qui nous rappelle nos propres indigences verbales, et nos kilos en trop ou nos varices. Alors, on s’apitoye le cul sur son fauteuil en cuir et la pogne sur une canette fraîche. On y pense et on oublie. Fondamentalement, en fait, on s’en fout. On se fout de la plupart des misères humaines. Mais faut pas l’dire, ça choque le pékin.(1) Sûr que si c’était la Lituanie, Chypre sud ou le plombier polonais qui avait été aux commandes du Vaisseau amiral Europe, et non Sarkoperfield, on n’aurait rien célébré. On est Européens une fois tous les 36 de la décennie.
NB. Un site enthousiaste recense les différentes journées mondiales. Edifiant... www.journee-mondiale.com
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