Des pièces jaunes aux lambris dorés ou le cul de velours

Publié le par Persan

Je me souviens d’un roman époustouflant : « Les Flamboyants » de Patrick Grainville. Un potentat imaginaire mais inspiré de trop réels autocrates, dans un pays africain lui aussi imaginaire (c’est un roman quand même !), étalait sa folie sur son royaume. Atmosphère pesante, moite. Et délire poussant le lecteur (moi, en tous cas) à un partage entre dégoût ou ricanement et admiration, oui, admiration pour cette explosion de folie.

A l’Elysée chiraquien, ce qui l’emporte quand j’entends notre couple royal serait plutôt le ricanement. Bernadette nous annonce donc que son mari est en pleine forme (aurait-elle subie les assauts effrénés de son mari dont on connaît le caractère volatile ?), et qu’elle le verrait bien encore cinq ans aux sommets éthérés de notre belle nation. C’est la meilleure blague que j’ai entendue depuis la rentrée de septembre. Et pourquoi pas Président à vie ? Des bananiers dans les jardins de l’Elysée ? La Régence octroyée à Claude ? Le rétablissement des privilèges nobiliaires ? Ah, non… ça c’est déjà fait.

Le pire est que Bernadette confine souvent au porte-parole personnel de Jacques. On pourrait donc craindre que le vrai Jacquot en fasse encore une fois plus que sa marionnette. Mais qui peut croire une demi-seconde (c’est encore trop long) que le croqueur d’hommes veut rempiler ? On nous sert une fiction digne des plus mauvais contes de fées et les journalistes se font conteurs complaisants.

Autre élément de la fiction : le Président qui lance via son Vizirlepin moults réformes capitales, alors même qu’on lui montre comment ouvrir la porte de sortie. Jusqu’au bout bienfaiteur du peuple ! Cela ressemble plus au dernier looping d’un meeting raté, irrattrapable, la dernière figure d’un vieux prince des airs qui s’est fait détrôner et se crashe sans panache.

Je préfère de loin le roi fou de Grainville à la débilité douce des Chirac. Etre un vrai déjanté, ce n’est pas donné à tous. Bokassa, les Duvalier (la femme de Jean-Claude faisait climatiser son Palais pour pouvoir porter ses fourrures sous les tropiques haïtiennes), ou les Kim machin chouette père et fils, ont au moins mis en œuvre des folies poussées à l’extrême qui confinent à l’horreur et à la magnificence. Pour un amoureux de la littérature comme moi, c’est ce qui fait sans aucun doute que Chirac et sa femme choucroutée ne revêtent aucun intérêt : ils ne seront jamais des « personnages ».  

La leçon pourrait être que quand on a posé son cul pendant deux mandats sur les velours et pieds nickelés des fauteuils élyséens, on veut croire qu’on y restera collé.

Au fait, dans la mythologie grecque, les Champs Elysées étaient les Enfers des bienheureux. C’est un signe… Je parle de mort politique, bien sûr. On m’a dit que Jospin s’y était enfin claquemuré, alors pourquoi pas Chirac. Et Bernadette. 

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Publié dans cafeducommerce

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