Elle a bon dos, la bavure !
Après 60 bonnes années de guerre civile, il paraîtrait qu'il est encore de bon ton, dans des cercles pas trop éloignés du pouvoir de notre chère République, de ne pas dire du mal d'Israël. Il paraîtrait que ça se fait toujours : ça s'appelle de la di-plo-ma-tie.
60 bonnes années de guerre ("bonnes" si l'on peut dire, Dieu que le français nous entraîne à des contradictions !), 60 ans de cadavres, de bombes, d'insultes, de cailloux contre les chars, 60 ans de va-et-vient dans les médias occidentaux au gré des mauvaises nouvelles et des nouvelles un peu moins mauvaises. Du coup, les Français (pour les autres, je ne sais pas, je soupçonne que ça doit être pareil) ont appris à ignorer. Les fous de la zappette passent sans rechigner de Faut pas Rêver (qui nous fait quand même rêver...) à Prison Break (j'ai pas la télé, mais je m'informe) en passant par un énième documentaire d'Arte sur le conflit israélo-palestinien. Pfff... Ils nous saoulent avec leur guerre, c'est pas possible qu'il en reste encore de vivants depuis le temps qu'ils s'entretuent, une bombe atomique et on n'en parle plus...
On en est rendu là. On en est rendu à laisser glisser l'oreille sur le chiffre des morts du jour. Au final, on ne sait plus si on les compte en centaines, en milliers ou en millions. Mais on sait quand même que les civils palestiniens qui meurent sont bien plus nombreux que les civils israéliens.
Et soudain je bondis ! Qu'entends-je ? Israël s'excuse pour sa "bavure" qui a vu la mort de quelques dizaines de civils à Gaza. "T'aurais vu la gueule de la bavure", comme disait Coluche. Une intervention armée planifiée, des personnes abattues à bout portant, des destructions en masse. À ce rythme-là, Oradour-sur-Glane aussi, c'était une bavure, parce que ce sont les habitants d'Oradour-sur-Vayres qui auraient dû mourir (les chanceux !). Mais ça fait toujours autant de morts.
Reste que faire passer le tabassage de David par Goliath pour une bavure contribue à minimiser la gravité de l'événement et les (rares) réactions de nos dirigeants à nous. La preuve que ça n'était pas si grave, on n'en parle déjà plus à la télé !
Énième carnage, et on s'offusque toujours un peu, démunis que l'on est. Et une fois de plus on attendra que les di-plo-ma-tes finissent de palabrer. On attendra que l'ONU, mère de l'état d'Israël, reconnaisse que son rejeton pète les plombs et lui mette un peu plus que des claques sur la gueule parce que, passé cinquante ans, ça ne fait plus d'effet. On attendra, et on continuera à zapper.