Les Camelots sinois ont débarqué

Publié le par Persan

Grand-messe sino-africaine (pourquoi faut-il sosotter pour désigner les habitants de ces contrées loin loin à l’est ?) à Pékin (ou Beijing pour faire culturé) : la Chine investit massivement dans le BTP, le commerce… et les matières premières dans l’ensemble du continent africain. Dévoreuse de pétrole et autres minéraux, elle promet monts et bétonnages aux élites économiques et politiques du continent. Pas de générosité gratuite donc, dans cet espace détonnant qui a su créer le best of du double langage idéologique : capitaliste le jour, communiste le soir et les week-ends. Marx et Adam Smith la main dans la main sur la Place Tian en Men ! La Guerre froide effacée, James Bond peut aller se rhabiller, les enfants de Mao embrassent goulûment les pics et vallées de Wall Street.  

Mais tel n’est pas mon propos principal ce jour. Pour vivre sur un coin détaché-rattaché de cette Afrique courtisée, Madagascar, le nouveau péril qui rit jaune, je le vois plus près de moi. En effet, pour n’être pas un de ces visiteurs des hautes sphères économiques malgaches, j’observe plutôt le désarroi collectif face à la nouvelle suprématie des camelots de la Sine, pardon de la Chine, sur les stocks des boutiques.

Régulièrement, sur M6, on nous rebat les oreilles des contrefaçons chinoises, en nous faisant remarquer le jeu subtil sur les noms de marques qui funambulisent sur le fil du rasoir juridique. Je propose aux journaleux de la chaîne qui en a fini de monter de venir faire un tour dans nos magasins d’appareils électro-ménagers ou hifi-vidéo. Ici, tout est contrefait. Et les subtilités (Phlips, Soni, …) sont dépassées : on vend de vraies contrefaçons, si je puis dire.

Quoi de neuf, me direz-vous à propos, si vous lisez avec attention ce modeste monologue ? Il me faut donc préciser qu’il est excessivement difficile de trouver des appareils non contrefaits, et donc de qualité acceptable. Dernier exemple en date : je fais l’acquisition, bien décidé à ―enfin― entrer dans l’ère moderne, d’un lecteur DVD de marque LG avec option DivX parce qu’ainsi je rejoints, me dit-on, les pionniers de l’ère numérique. Bien entendu, le commerçant m’assure de la non contrefaçon du dit appareil et de sa haute fiabilité (c’est de la marque quand même !). Je rentre chez moi, et j’inaugure. Le plateau glisse majestueusement et me laisse découvrir une mince plaque de plastique sur laquelle je me dois de déposer avec une délicatesse éprouvée le disque si je ne veux pas le retrouver flottant sur le carrelage.

Je plaisante, que faire d’autre ? mais quand cela se répète pour le moindre appareil, et maintenant pour les vêtements, les jouets, les ustensiles de cuisine, l’agacement monte monte monte. Si je souhaite investir dans du durable, je ne peux pas : cela n’existe que peu, et les apparences ne me permettent pas toujours de discerner la grosse merde du produit qui se respecte et respecte un tant soi peu son client.

Le scandale dans tout ceci, car il y a scandale messieurs dames, n’est pas que je me batte dans un océan de camelote importée. Non, j’ai personnellement les moyens de subsister : mais je vis au milieu d’une population qui vit très modestement et qui, à coups de double ou triple emploi, réussit à s’en sortir vaguement parfois. Et parfois a la joie de s’offrir l’une des marques de richesse de notre société mondialisée où la Sainte Croissance sublime tout le reste. Donner l’illusion à des gens qui se sont saignés pour s’acheter la mini chaîne ou le lecteur DVD qu’ils possèdent enfin une parcelle de bonheur (hem) me débecte. Je connais une femme de ménage dont le lecteur offert à son fils est tombé en panne moins d’un an après son achat. Elle gagne entre 60 et 90 euros mensuels selon ce qu’elle trouve à faire. Son sacrifice aura rempli les poches de quelques commerçants chinois que les scrupules n’étouffent pas, puisqu’ils avaient déjà surexploités leurs concitoyens pour monter ce lecteur DVD.

Les Chinois, en super capitalistes mondiaux, ont parfaitement compris ce que signifie s’adapter à la demande : des produits de bonne qualité en Occident, de la sous-merde dans les pays du tiers-monde qui ne peuvent s’offrir que ça, de toute manière. Et tant pis si les jouets des gamins sont cassés et rendus inutilisables dans la journée où ils sont offerts (cas très fréquent, je vous assure). Le rêve de la surconsommation a envahi les pays les plus pauvres. La Chine se développe aussi sur les dos de victimes muettes et dont les gros bonnets, en plus, sont heureux d’aller en “cocktails à Pékin”. L’allitération en [k], non contrefaite, allez, je vous l’offre. Sans chinoiserie.

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Publié dans cafeducommerce

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