La cravache, le député et le bulletin

Publié le par Persan & ELmaTador

Malgré le titre, n’attendez pas à lire les tribulations d’un nouveau fabuliste. C’est juste pour attirer l’œil. Ca a peut-être marché puisque vous en êtes là.

Je ne suis pas toujours très attentif à l’actualité. J’essaye, parce que je m’en délecte. Quand on pourra s’en injecter en intraveineuse, je me piquerai des fesses aux bras. Mais entre mon fils qui, lui, se dope aux dessins animés, les quelques –longues, si ! si !– heures que je consacre au métier qui me permet de me nourrir, les coupures électriques de ma ville (vile ?) d’adoption et une certaine attirance pour un certain oreiller en soirée, j’avais loupé le coche qui suit.

Ce jour-là, je tombe sur la fin de la séance à l’Assemblée nationale consacrée au vote de nos représentants (le terme est très surfait, si vous voulez mon avis) sur la pénalisation des propos qui oseraient nier le génocide arménien. J’avais vaguement entendu l’opinion d’un Alain Decaux quelques jours auparavant, mais à part son talent de conteur, je n’éprouve aucune passion pour les Académiciens, avec sabre rutilant ou même en maillot moulant dans « Voici » si cela se présentait. D’où une certaine distraction. Deux minutes après ma reconnection au monde, médiatiquement parlant, vote. La police se retrouve avec un nouveau délit, d’opinion. Et je m’effondre sur ma chaise de jardin qui gémit, se tord les pieds et résiste malgré tout une dernière fois aux assauts de mon poids.

Puisque les députés ont suffisamment de temps pour voter sur tout et n’importe quoi (‘ doivent s’ennuyer !), il me semble de mon devoir de leur proposer des discussions et des lois à voter pour occuper leur temps, plutôt que de lire Le Figaro jusqu’au trognon en pleine séance :

- Après le changement de nom des Côtes-du-Nord (numéro 22 sur la plaque d’immatriculation mon Général !) en Côtes d’Armor parce que, au moins, maintenant, il y fait plus chaud… quoique, comme disait Devos… après cette modification qui a sûrement attiré des tonnes de touristes en short et claquettes, je propose de pénaliser toute atteinte verbale portant sur le climat mouillé breton. Il ne pleut pas, il crachine. Le temps n’y est pas pourri durant dix mois de l’année (les bonnes années), il s’est spécialisé dans les multiples teintes grisâtres. Un acte de création de Mère Nature bretonne.

- Puisque je suis fonctionnaire, il me semble impensable de laisser traîner ces propos très déplaisants sur la supposée fainéantise de ce corps dans un Etat, je vous dis pas. Et là, faut clairement des années de tôle pour ceux qui oseraient blesser ces valeureux hérauts de notre patrie. Je ne suis pas partisan, mais un simple justicier.

- Au-delà des délits langagiers, je propose aussi de pénaliser les vêtements qui offensent la bon goût et ma vue : les pieds adultes nus flottant dans des sandalettes de plastique ou de cuir, le bob qui coiffe encore par malheur nombre de têtes de nos contrées, le marcel blanc qui laisse pointer des poils ébouriffés aux reflets argentés de sudation (ah ! la poésie !), les pantalons courts à mi-jambe d’une largeur abyssale que portent les jeunes que les "Stètses" laissent béats (ils doivent bien avoir un nom, ces saloperies de shorts ?), la tenue jeans-baskets blanches dernière génération, les bikinis n’enveloppant pas la graisse dégoulinante de corps usés par la bouffe généreuse, et la liste reste ouverte à toutes les créations crétines.

- Des mots se répandent régulièrement sur les ondes, les satellites et les langues. Ça commence par un présentateur tout content de reprendre une trouvaille « de la rue » et ça se termine par presque 60 millions (presque parce qu’entre les bambins trop jeunes pour se risquer dans les circonvolutions du langage articulé, et ceux, trop vieux, qui ont usé leur capital à force de débiter comme nous des conneries à longueur d’existence…) de langues qui répètent le même vocable. A un tel délit, une peine à la hauteur : il faudrait coudre les bouches incriminées. Je propose une petite (faut pas effrayer le citoyen, y’a déjà Sarkozy qui nous angoisse avec une proposition tous les deux jours) liste pour commencer : un pitch, trop (dans le sens vachement), ça le fait, ça va le faire, racaille, Kärcher… non, je m’égare. « Tu causes, tu causes, c’est tout c’que tu sais faire » disait le perroquet de Queneau.

Voilà tout pour le moment. Et je me dis que pour certains de ces possibles nouveaux délits, s’il y a récidive, on passera aux assises. Toujours est-il que dans l'immédiat, j'ai une folle envie de jouer de la cravache sur nos députés, sans délires sados, je précise. Juste histoire de leur montrer que les bulletins qui les ont élus ne doivent plus servir dans les chiottes de l'Assemblée nationale. Faut faire des économies, mais tout de même, y'a des limites.

Allez, police partout !

Vive la novlangue ! Gloire à Big Brother !

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Publié dans cafeducommerce

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