Hommage

Publié le par Persan

Avant-propos. Il n’est pas et ne sera pas sur ce blog dans nos habitudes de s’épancher sur notre vie personnelle, mais ce qui suit illustre à mon avis l’évolution du 20ème siècle.

 

En 2006,

Quand on a 103 ans, on est né l’année du premier Tour de France. On a pour parents des gens qui ont connu Jules Ferry, l’enterrement d’Hugo, et pour grands-parents des citoyens de l’Empire de Napoléon III, contemporains de Baudelaire, Rimbaud et Flaubert.

Quand on a 103 ans, on se souvient de ceux partis à la Grande Guerre et de ceux, nombreux en Bretagne, qui n’en sont jamais revenus.

Quand on a 103 ans, on est allé quelques années seulement à l’école, le temps de réussir le Certif, et il a fallu rapidement, malgré de bonnes dispositions scolaires, aller aider à la ferme.

Quand on a 103 ans, dans la campagne du sud de l’Ille-et-Vilaine, on a pu vivre les dernières années de la petite paysannerie issue de l’Ancien Régime avec « Monsieur » le Châtelain qui vient visiter ses fermiers.

Quand on a 103 ans, on a assisté aux débuts de l’aviation, aux premiers meetings aériens.

Quand on a 103 ans, on a vécu deux guerres mondiales.

Quand on a 103 ans, on a vu l’agriculture changer du tout au tout, s’industrialiser pour devenir surproductrice et polluante.

Quand on a 103 ans, on est passé d’une France de quelques kilomètres carrés, celle du quotidien, à un monde devenu selon l’expression village planétaire.

 Quand on a 103 ans, on a offert à Noël pendant longtemps, seulement des oranges à ses enfants.

Quand on a 103 ans, on a frémi pendant la crise des fusées à Cuba.

Quand on a 103 ans, on se souvient de la Révolution de 1917 et on a vu défiler tous les dictateurs communistes jusqu’à l’effondrement de l’URSS, et le reniement de tous les idéologues du Parti.

Quand on a 103 ans, on a connu les guerres coloniales, l’Empire français, la décolonisation et les gesticulations françaises dans ex pré carré.

Quand on a 103 ans, on a pu voir l’ascenseur social fonctionner durant deux générations pour ses enfants et petits-enfants et s’inquiéter pour l’avenir des suivants.

Quand on a 103 ans, on est passé du journal au poste de radio à galenne, au transistor, de la télé noir et blanc à la télé couleur, des rouleaux de bande au vinyle puis à la cassette, au CD, au MP3 ou à l’i-pod.

Quand on a 103 ans, on a commencé à communiquer par courrier et on a terminé par le téléphone, le minitel puis internet.

 

Quand on a 103 ans, on a pu rencontrer jusqu’à 22 arrière-petits-enfants et se dire qu’on n’a pas échoué dans son petit boulot ingrat de père de famille.

 

Quand on a 103 ans, on a été contraint à de telles remises en question dans son mode de vivre, à de telles évolutions technologiques, à de tels bouleversements mondiaux, que cela force le respect de voir cette personne toujours au fait de ce qui se passe sur notre frêle planète.

Quand on a 103 ans, on a pu espérer un monde meilleur et on a vu la planète s’entretuer incessamment

103 ans, c’est l’âge que mon grand-père a gravi, m’émerveillant de sa sagesse paysanne intacte au-delà des années et des révolutions de son monde. 103 ans, c’est l’âge qu’il a décidé de garder pour toujours. Il appartient à mon histoire mais aussi à l’Histoire.

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Publié dans cafeducommerce

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