Et un bonnet dâne pour Mickey, un !
Depuis bientôt deux ans, je découvre les dessins animés. Hein ? Non, je ne suis pas crétin, ou issu d’une tribu sortie du fin fond des montagnes de Nouvelle-Guinée. Attention, je n’ai jamais dit que ces tribus étaient crétines ! Je ne tiens à me retrouver devant un tribunal papou avec pour peine l’obligation d’aller à la chasse aux scarabées pour les becqueter ensuite en famille devant un feu de camp. Oui, je sais, la caricature continue…
Pour revenir à mon sujet, disons qu’avec un gamin à la maison, je suis contraint, oh bonne mère, de me colleter chaque jour les historiettes des chaînes Disney. Chaînes Disney ? Quand on vit au bout du monde malgache, les chaînes satellitaires permettent de rester un peu connecté au reste de la planète, de ne pas oublier qu’elle existe. D’où ces chaînes avec des oreilles comme deux crottes de Mickey en permanence au bas de l’écran. Je dois avouer que c’est moins idiot que mes a priori anti-culture commerciale amerloque me le laissait penser : scénari qui se tiennent et plutôt imaginatifs, violence gratuite absente, qualité visuelle des animations. Comme quoi, on est toujours en raison d’espérer que le monde ne va pas continuer à faire la queue pour obtenir son bol quotidien de soupe hollywoodienne à l’Armée du salut bardée des couleurs rouges et bleues.
Malgré tout, je ne me refais pas : cet état de fait que je dois bien reconnaître à mon corps défendant et dans un souci continuel d’honnêteté intellectuelle (hé hé) n’aurait pas suffi à me mettre au clavier. Je l’aurais gardé pour moi. D’un naturel grognon contre lequel je lutte à peine, je veux ici m’emporter contre la « gnangnanterie » des dessins animés sus décrits, mot relevant d’une création linguistique personnelle que je m’en vais définir promptement.
La lutte archétypale entre le Bien et l’Axe du Mal n’envahit pas tous ces dessins animés, Bush n’ayant pas encore racheté les droits semble-t-il, ce qui est, au stade de la culture outre atlantique, une marque d’indépendance (je force le trait, OK). Au contraire, toute référence à la véritable cruauté de ce bas-monde a disparu des écrans des gamins.
Exit donc le loup qui boulotte le Petit Chaperon rouge, sans intervention du chasseur dans la version originale, je précise, et donc sans happy end. Exit l’abandon par leurs parents des frères du Petit Poucet, parents non sanctionnés par les services de l’enfance, et l’appétit quasi pédophile de l’ogre. Comme la nourriture des pays occidentalisés, les dessins animés sont aseptisés. On ne sait jamais : les petits anges pourraient filer rejoindre les cohortes de Lucifer.
Je songe aussi aux enseignants qui n’osent plus organiser de sorties extra-scolaires. Un enfant se blesse si vite et les parents rejoignent aussi sec le Palais de justice pour foutre en tôle cet inconscient qui a osé dépoter leur progéniture hors du cocon de la salle de classe. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Aucune prise de risque, surtout. Et il est vrai que Sarko pourrait débarquer un matin à 6 heures pour jauger le taux de délinquance présent dans le sang de vos enfants alors autant prévoir…
Dans une première version des « 101 Dalmatiens », l’un des chiens, je ne sais lequel, n’ayant jamais visionné ce chef d’œuvre de mièvrerie, devait décéder à la suite d’un accident. Trop cruel avaient jugé les maîtres de l’empire Walt Disney. Les petits spectateurs auraient sorti leurs mouchoirs. Inadmissible. Il revient donc avec une jambe dans le plâtre en fin de film. Roger Rabbit a menti : les toons ne meurent pas.
Si Charles Perrault revenait et osait poser le pied sur le sol américain, il passerait rapido, sans procès, sur la chaise électrique des censeurs de la bonne morale yankee. Mais quel est le crétin qui a affirmé un jour que les enfants sont des anges ?