Sarko, bon Père blanc
Ce qui suit traîne sur mon bureau depuis un bout de temps certain. Que voulez-vous, ce n’est pas parce qu’on est sous les Tropiques qu’on ne glande rien, en caleçon, hamac, une petite pépée sous le bras (droit ou gauche, c’est selon).Sarko sur la scène, sous la scène, au devant de la scène. Sarko en cités, en Corse, aux Antilles, et l’un des derniers albums sortis : Sarko au Mali.
Cette seule agitation ostentatoire en dit long sur ce qui reste au politique : la com.
Mais ce n’est pas ce qui m’a fait bondir, crevant le plafond et m’esquintant une nouvelle fois quelques méninges au passage. En regardant les tribulations du petit Nicolas (je préférais celui de Goscini et Sempé) chez les Nègres sauvages (sic ! Vous allez comprendre…), je le vois se tourner vers une caméra. Enfin, non, les caméras se tournent vers lui, le collant telles des sangsues depuis des mois.
Il s’arrête, enfonce (métaphoriquement) son chapeau fraîchement repeint de blanc de bon colon et déclare façon Jules Ferry 1880 : « Je suis venu pour m’adresser aux Africains comme à des gens intelligents, capables de comprendre » ma nouvelle loi qui va faire le bonheur des marchands de grillages électrifiés et de miradors dernier chic.
Eprouver le besoin de préciser que les Africains, en l’occurrence les Maliens, sont en capacité intellectuelle de saisir ce que lui, le bon Blanc qui vise les hautes sphères impériales françaises, peut débiter, laisse supposer que cela ne va pas de soi. Sarkozy suppose donc qu’il est bon de souligner devant les caméras maliennes et peut-être surtout françaises que des personnes dont la mélanine brunit la peau peuvent nous comprendre, nous les Français.
J’en conclus que cela ne va pas de soi. Pour qui ? Pour une bonne frange de la population française qui pense son pays comme s’il constituait encore une grande puissance mondiale. Qui applaudit aux gesticulations internationales ridicules du Ministre des Affaires Etrangères français, quel qu’il soit. Qui ne sait pas que les DOM sont des départements à part entière et non des « pays » étrangers au nôtre (je le sais pour l’avoir entendu).
Sarko porte les stigmates d’une pensée développée par les esprits les plus généreux de notre Empire défunt d’une Troisième République qui voulait porter les valeurs de la Révolution française de par le monde sauvage. Une mission civilisatrice accomplie au nom de l’inégalité des races, ou tout au moins des cerveaux. Et l’Eglise avec ses bons Pères blancs a apporté sa pierre à l’édifice.
Sarko et consorts ont admis (et encore ?) avoir lâché l’A.O.F. et l’A.E.F., mais pas l’idée de l’Africain infantile.
Si les héritiers d’Hergé acceptaient que leur personnage survivent sous les traits de crayon d’autres dessinateurs à l’instar de Lucky Luke ou Blake et Mortimer, je proposerais une suite à l’album de « Tintin au Congo », avec une intervention de notre Ministre des Colonies intérieures et extérieures auprès des petits Noirs, mignons mais un peu cons. « Moi y’en a dire à vous : moi y’en a être bientôt Président de la France. Alors y’en a être bien gentils dans votre case parce que sinon, moi y’en a mettre de gros coups de bâtons dans vos sales gueules de clandestins ».
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