Con Passion

Publié le par Persan

Il est des pays où les ONG organisent à tours de programmes, où les projets de développement se développent vers tous les horizons disponibles, où l’on brasse du don de cahiers pour les pôvres nenfants démunis, de Polo vertes par l’Ambassade d’Allemagne pour la police locale, de rue juste à côté du cimetière militaire français nickel bitumée par l’Agence Française de Développement...

Tout le monde aime « Mada » (on parle comme ça, parce qu’on est vite intimes ici… Les Malgaches sont si « gentils »), veut montrer sa compassion pour « Mada », fait tambouriner sur les places publiques son aide généreuse pour « l’Ile rouge ». On donne de tout, sans contrepartie, c’est la vraie générosité, que Dieu même ne rendra pas. On forme, déforme, transforme une population qui absorbe tout benoîtement, dit « oui, oui » poliment et s’en retourne en s’en foutant royalement.

Bien sûr, quand on aime, rien ne sert de taire ses sentiments. Alors on invite les autorités locales lors de la remise des ordis (qui seraient partis à la casse de toute manière. Le recyclage est une vraie préoccupation occidentale) au Lycée public qui n’a même pas assez de tables correctes pour faire asseoir ses élèves. Et puis, surtout, on s’assure que tous les correspondants de la presse soient présents, parce qu’ils sont partie prenante de la grande distribution de bonheur, de sourires, de grands cœurs épanchés sur les malheurs de la population malgache. Le don réussi est celui qui donne lieu à un article dans un ou plusieurs quotidiens de la place, ou encore mieux un reportage par la TVM (Télévision Malagasy), parce qu’alors même ceux qui ne lisent pas savent combien en Europe on les aime.

La presse est indépendante, donc elle est d’autant plus présente que le pays donateur est en bons termes avec sa nation. L’Allemagne, qui a reconnu la première comme légitime le Président actuel lors des élections présidentielles de 2002, fait accourir les journaleux.

Ainsi, tous les jours, on a droit à la séquence cadeaux. C’est Noël au quotidien chez les pauvres. Pourquoi se plaignent-ils encore ? Disons que certains, comme des gosses gâtés, prennent l’habitude. Quand les cadeaux se font moins nombreux, ils grognent, forcément. Comme au casino, on tire le bras du bandit manchot, et ça tombe dans le bac.     

Et puis, il y a toutes les assocs en tous genres, les organisations de tout poil, qui savent mieux que personne, surtout mieux que les Malgaches, comment sauver du déluge prochain le pays. On ne saurait mettre en doute la sincérité et la bonté de beaucoup de ceux qui viennent monter les murs de l’arche sensée préparer un sauvetage national. Leur conscience leur en sera reconnaissante jusqu’après la fin des temps. 

Cynique, moi ? Si peu. Peut-être une manière de survivre dans cet océan de bonté quand on n’est pas au niveau… Disons que je n’ai jamais aimé le rose bonbon, la gentillesse ingénue, le sirop miel comme on dit en créole. Aider, j’ai fait, et je continue. Me faire entuber suite à mes faiblesses missionnaires, en ça aussi je suis devenu expert. L’aide au développement existe depuis des décennies, et le pays ne semble pas en avoir tant profité que cela. Pour de multiples raisons, que je ne détaillerai pas, je ne suis pas grand ponte dans le domaine. Tout le monde a droit à sa bouffe quotidienne, à un minimum de confort de vie, mais me débecte l’angélisme occidental qui déverse des flots de larmes de pitié sur la pauvreté du sud. Les pauvres ne naissent pas tous avec le cœur pur, n’estiment pas devoir plier sous le poids de la reconnaissance éternelle devant tant de solidarité, et souvent sourient tout en suçant jusqu’au dernier globule le sang du généreux bénévole qui repart désappointé sans même son caleçon mis à sécher dans son jardin.

A cette histoire, pas de morale. Juste un dégoût du monde comme il ne tourne pas. Juste la désillusion de découvrir que l’amitié gratuite n’existe pas vraiment. En fait, le grand naïf, c’était moi…

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Publié dans cafeducommerce

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