Le sale con de l'agriculture

Publié le par ELmaTador

Il est assez amusant de voir combien les entrepôts de la porte de Versailles, situés en pleine ville, peuvent se métamorphoser en symbole de la campagne française et devenir, l'espace d'une semaine, un terrain de jeu champêtre pour des bambins en manque de verdure.

 

 

La ferme est bien proprette (c'est pour ça qu'on appelle ça un salon, parce que les vaches sont installés sur des beaux tapis et que les poules pondent sur des divans) mais pas trop crédible (fût-elle la plus grande de France). Tout le monde s'y presse, des six coins du pays, pour présenter les animaux et produits fantastiques de notre belle France. Je ne mets pas en cause le fait que la France soit belle et qu'on y bénéficie de produits alimentaires variés et délicieux. Ce qui me gêne, c'est que pendant huit jours tout le monde est sur la même longueur d'onde pour valoriser notre agriculture auprès du monde entier. Puis, dès que les délégations, journalistes et caméras étrangères s'en sont retournées dans leur Chine ou leur Pérou natals, on recommence à se taper sur la gueule parce que, bien sûr, il n'y a pas qu'une agriculture et que de nombreux courants s'affrontent sérieusement, chacun refusant de reconnaître les véritables torts de notre agriculture depuis 50 ans et affirmant chacun avoir la solution (pas la solution miracle, quand même, faut pas rêver) pour sortir de la crise économique, de l'aberration écologique et du désastre environnemental.

 

 

 

En période d'effervescence électorale et démagogique, tous les prétendants au trône de France se succèdent sur ce haut lieu tout à la gloire de la toute merveilleuse agriculture française. Non pas qu'ils s'intéressent vraiment à cette campagne vaguement peuplée qui occupe 80 % du territoire. Non, en fait ils sont là seulement parce que le Salon est devenu un symbole à côté duquel on ne peut pas passer (ce que n'est pas le Salon de l'Automobile, alors que ce secteur industriel représente des centaines de milliers d'emplois en France).

 

 

Un seul zozo ne s'est pas montré au Salon : José Bové, qui garde quand même un peu de cohérence avec ses opinions en se refusant à patroner une manifestation qui met toujours en avant la formule productiviste de l'agriculture dont on connaît les dégâts qu'elle a causés. Il a organisé un mini-contre-salon sur sa ferme du Larzac, et a par la même occasion indiqué qu'il souhaitait, s'il était élu, déménager le palais de l'Elysée à Mende (non, je blague).

 

 

Bon, on cause, on cause, mais j'ai un boeuf (brésilien) sur le gaz et mes carottes (espagnoles) doivent êtres cuites, et puis il me faut encore faire mon clafoutis aux poires (sud-africaines). Alors l'agriculture, on en rediscutera sérieusement un autre jour... quand il n'y aura plus d'agriculteurs pour donner leur avis, par exemple. Eh oui, il paraît que le secteur se meure. L'image boueuse et bouseuse colle aux bottes de caoutchouc. A-t-on jamais vu des spots publicitaires pour inciter la jeunesse à se tourner vers l'agriculture ? Non, il n'y a que le ministère de la Défense qui a du pognon pour rameuter les jeunes. Il faut croire qu'on a plus besoin de sous-marins nucléaires à Cherbourg que de pommes de terre dans notre assiette. Ah ! Mais en voilà une idée qu'elle est bonne : il faut militer pour une absorption du ministère de l'Agriculture par celui de la Défense, comme ça il y aura de l'argent pour les paysans, et puis on pourra défendre les frontières à coups de tomates bien mûres et bien françaises !

 

 

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Publié dans cafeducommerce

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