Oscar n'avale que du bon

Publié le par ELmaTador

Je m'excuse bassement de ce piètre jeu de mots et promets de me fouetter jusqu'au sang sur demande expresse, écrite et en trois exemplaires de seulement un demi-million des lecteurs de ce blog.

 

Piètre jeu de mots, certes, mais qui subtilement (pas sûr...) m'amène à témoigner d'un samedi pas comme les autres qu'a vécu la charmante et ensoleillée bourgade dans laquelle je réside. Quand fin de l'hiver rime avec carnaval.

 

On me l'a fait remarqué, c'est la seule fête de l'année où il n'y a pas de touristes (ô joie, on peut cracher sur ces absents qui font vivre le pays !) et où - cela mérite d'être souligné, et je le souligne - il n'y a rien à vendre. Et de fait, à ma grande surprise, je n'ai pas eu à sortir un sou pour me faire servir (et reservir, quel gourmand je fais !) un honorable vin chaud, dont le mérite était surtout de nous griser et de nous mettre dans l'ambiance, car la douceur du temps quant à elle ne nécessitait guère ce genre d'artifices pour se réchauffer.

 

Carnaval, c'est le seul jour où tous les gens normaux sont habillés bizarrement et regardent d'un oeil bizarre ceux qui sont habillés normalement. Ce qui était mon cas. Peu s'en est fallu que je ne courre à la maison m'enfouir de honte sous les couvertures ou, mieux, revenir la tête haute avec un chapeau de fou, une épée en plastique, une feuille de vigne ou tout autre allié du moment me permettant de me fondre dans la masse joyeuse. Car il faut peu de choses, sachons-le, pour être accepté comme "déguisé". Ainsi, tout le monde chez nous connaît celui qui s'appelle lui-même "le cow-boy", qui ne sort jamais sans des santiags rayonnantes et un chapeau assurément volé à John Wayne. Eh bien, le cow-boy du far-west, ce soir-là, portant son éternel chapeau et ses éternelles santiags, y avait ajouté un magnifique poncho et s'était transformé, en un tour de main, en un cow-boy mexicain du plus bel effet. Le plus réussi réside souvent dans la facilité...

 

Ici, c'est Carmentran que l'on tue. Carmentran dans la bouche duquel on fait passer toutes les récriminations que l'on ne pourrait exprimer publiquement sans se mettre à dos la moitié du village - au moins. Les chefs d'accusation sont tantôt ponctués d'un "oooouuuuh" signifiant la désapprobation du public face aux dires de Carmentran, tantôt salués d'un silence qui en dit long sur l'accord tacite que l'on donne aux attaques incisives du même Carmentran. Ce soir-là, on peut tout dire sur tout le monde. On en profite pour taper allègrement sur le maire, qui honore dignement de sa présence le spectacle où on l'entarte avec générosité (mais seulement verbalement, restons courtois !). Son absence, évidemment, susciterait encore plus de commentaires.

 

Parmi les petites phrases tranquillement distillées, j'en retiens une bien sympathique : Carmentran a dit "pour être embaûché à la mairie, mieux vaut avoir les mains droites que les mains moites..." Dans notre joli village où tout le monde ou presque se connaît et se salue, les opinions politiques divergentes ne s'étalent pas au grand jour. Mais on se doute, à parcourir les rues proprettes et à admirer le château qui surplombe l'ensemble, que la misère n'est pas de ce monde et que l'Humanité n'est pas au hit-parade des ventes au tabac-presse du coin.

 

Je lève mon verre à la mémoire de Carmentran, brûlé en place publique, empli de toute la noirceur annuelle des habitants qui, désormais, peuvent réfléchir l'esprit libre au bulletin qu'ils mettront dans l'urne le mois prochain.

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Publié dans cafeducommerce

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