On adôôôôôôre être pris pour des crétins !
Perdu au nord de Madagascar, j’ai le privilège d’échapper aux fureurs commerciales de Noël, à la course "où- ce- qu’j’vais- trouver- du- foie- gras- à- cette- heure-?" ou "merde- j’ai- pas- de- cadeau- pour- Mamie- et- toujours- pas- d’idée- comme- d’habitude".
La fureur, je l’entraperçois sur les chaînes de la télé satellitaire. Me manqueront surtout les chocolats en tous genres qui coulent derrière mon écran.
Au milieu de ces quelques pubs qui me mettent l’eau à la bouche et la tête en l’air, il y a des spots qui me font venir la rage aux lèvres. Une des dernières en date : un couple bien sous tous rapports, sinon on vendrait pas, le monsieur confortablement installé dans son fauteuil avec son journal, et la femme au téléphone. Côté cliché, on n’évolue pas depuis cinquante ans. On se demande encore pourquoi Libé et d’autres feuilles de chou (le terme n’est pas péjoratif, c’est juste pour éviter de répéter « journal »…) crament sous les dettes. La dame s’adresse à sa mère qui vit au Québec, et le monsieur, en gestionnaire avisé, bondit de son fauteuil, preuve qu’il ne lisait pas attentivement : « Comment ? Le Québec ? Mais c’est trop cher ! Raccroche ! » (je cite de loin , à la louche…). Sa femme sourit d’un air narquois : « Mais mon chéri, regarde ! ». Et Alice, en belle blonde sortie du nulle part technologique, traverse le salon.
Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’il avait changé d’opérateur téléphonique. Ou n’avait pas saisi les avantages incroyables de celui-ci. Au moins, de ce point de vue, le cliché social a évolué : la femme est toujours bavarde mais plus sensée que son mari. Merci le MLF et les Chiennes de garde.
L’homme n’était donc pas au courant de cette révolution. On a du mal à y croire et on sent le spot pondu un samedi soir au bar par trois publicitaires un peu bourrés et surtout à la bourre. Fallait vite trouver une idée lumineuse. Et on nous ressort une situation éculée, pitoyable, pas crédible. Qui est pris pour un crétin dans l’affaire ? Pas les personnages : par définition, ils sont fictifs. L’opérateur « Alice » qui a accepté ce spot d’une insondable médiocrité ? Ils s’en foutent tant que ça fait vendre.
Non, le seul, c’est le consommateur. Et je repense à tous ces publicitaires qui viennent sur les plateaux de télé et nous abreuvent, tel Séguéla et ses clones, de leurs analyses sociologiques de comptoir de café du commerce. Ça devrait nous intéresser, nous, à « cafeducommerce ». Hé bien non, parce que les conneries de bar restent au bar. On n’est pas obligé de les empaqueter et de les ramener à la maison, ou au bureau. Elles sont made in café, et à consommer sur place. Donc ils se présentent comme des hérauts de notre société, à l’avant-garde des tendances inconscientes culturelles et civilisationnelles. Encore un cauchemar pour moi. Dieu sait si j’en fais, et toujours éveillé. Rassurez-vous, je me porte bien, malgré tout. Parce que je me suis exclu du système, à
Je sais qu’en tant que consommateurs, nous sommes voués à nous faire entuber sans cesse, et avec le sourire, SVP (pensez entre autres aux fausses promos de trois paquets groupés plus chers que trois paquets vendus à l’unité additionnés. Vous me suivez ?). Pourtant, j’ai du mal à m’y habituer, peut-être parce que le plus souvent je n’ai pas accès sur place à tous les bonheurs de la société de consommation et de « croissance » éternelle.
Je pourrais citer d’autres spots, mais ma mémoire défaille, zappe, pour préserver sa santé sans doute. Seul me reste celui où Doc Gynéco est massé par des donzelles tout droit sorties des clips de R N’B les plus vulgaires et les plus anti-féministes inspirés des banlieues acculturées américaines. Le simple fait de vouloir vendre du téléphone (je crois… Encore ?) par cette image, avec pour cible ceux qui écoutent ce qui ressemble, à quelques notables exceptions, à de la daube en boîte : les jeunes, me navre profondément. Quand de surcroît la pub se termine par un gag digne de Benny Hill, avec M. Gros Muscles amphétaminés qui a pris la place des putes, j’envisage d’acquérir un permis de chasse, l’artillerie qui va avec, et de relancer la chasse à courre contre ce connard sarkozyste, contre l’opérateur et contre l’agence qui a pondu cet hymne à la crétinerie.
Attention, je vais faire un carnage !!!! Mais chut ! Vous ne me dénoncerez pas, hein ?!?