Sacrés nous !
C’est le problème quand on vit loin de
De ma dernière session estivale 1 aux sources, j’ai rapporté un ouvrage qui date si l’on observe celle de son édition, 2003, mais point daté quand on le lit. Ted Stanger, journaliste pour Newsweek, a été, est peut-être encore, correspondant américain à Paris. Surpris, choqué, enthousiasmé, écoeuré selon les cas, il a couché sur le papier (de poche pour mon édition) ses sentiments. C’est titré « Sacrés Français ! Un Américain nous regarde », comme un remake de « Big Brother is watching you ».
Je m’attendais à de petits états d’âme versés au creux des pages. Point. Ses comparaisons, sans être toujours très développées, décollent habilement, sans Kärcher, notre imperturbable nombrilisme. Sans être toujours au diapason de Mister Stanger, cela eut été difficile, j’ai vraiment goûté ses rapprochements. Le Monsieur a aussi l’avantage de ne pas être issu de New York, seule ville européenne sur le sol étatsunien. Je ne ferai pas une critique exhaustive. Trois références, pour la bouche, en espérant vous donner l’envie de vous plonger vous-mêmes dans ses lignes.
1- Il évoque ainsi notre répugnance à énoncer les chiffres qui sont inscrits en bas de notre fiche de paie, quand on a la chance d’en avoir. Et ce, d’autant plus quand ces chiffres sont "gros". Aux Etats-Unis, claironner le montant de son salaire ou le prix de tel ou tel achat est chose commune, voire même conseillé pour impressionner le voisin ou une dulcinée d’un soir. Personnellement, je m’amuse à faire tiquer mes collègues en annonçant combien je perçois. Pourtant, nous faisons tous partie du même corps et sommes logés aux mêmes indices salariaux. Quelle pudeur de jeune fille effarouchée !
2- J’entends dire depuis longtemps qu’il n’y a plus assez d’émissions politiques à la téloche. Et je hoche la tête d’approbation. Stanger, pour sa part, évoque le cas américain où les hommes politiques apparaissent très peu dans des émissions "spéciales étalage de (non-) idées de députés et autres ministres". Simplement parce que le niveau de réflexion, et d’études, lui-même en convient, est incompatible avec ce type d’émissions qui nous emmerde aussi le plus souvent (voir les indéboulonnables Chabot et Okrent). Un acquis : on peut donc continuer à ricaner allègrement sur ces crétins de Yankees, ouf ! Sauf que quand on s’envoie deux ou trois petites goulées de Julien Courbet, on comprend que la misère intellectuelle est une chose savamment distribuée sur cette planète.
Toujours est-il que non seulement nos hommes politiques parviennent à être toujours présents au gré des « petites phrases » éminemment médiatiques, exercice de rhétorique creuse mais plaisante (et dans notre café du commerce, on les trempe avec délectation dans le picon bière), mais ils sont inusables. Il est vrai que quand on s’est fait chier pour réussir à l’E.N.A., on peut espérer rentabiliser de longues années les gouttes de sueur laissées sur les tablettes de
3- Dernier petit morceau de choix : nous ne disons jamais « I’m sorry », parce que nous sommes nuls en anglais, yes, mais surtout parce que nous sommes fiers, comme les Corses. Nous préférons nous enferrer dans une erreur plutôt que de prononcer cet aveu de faiblesse. Ce que les Américains font plus facilement, histoire de montrer qu’ils sont conscients de leurs responsabilités. En même temps, Bush n’a jamais avoué avoir dupé la planète en évoquant des bombes dont le meilleur roman de la rentrée littéraire n’aurait pas réussi à créer un tel effet de réel.
Comme je ne suis pas d’accord avec certaines de ses analyses sur la société française (qui développe le plus les théories du complot, nous ou les Américains ?), je pense que ses analyses sur ses propres compatriotes doivent parfois laisser à désirer. Toutefois, son choix d’être personnel correspond bien à ma vision d’un certain journalisme.
Ted Stanger, « Sacrés Français ! », Folio Documents.
1 Votre été, parce que le mien d’adoption est alors un hiver, puisque j’ai la tête en bas et appartient au grand sud de la planète, sud par rapport à vous, si vous me suivez. Parce que, si on va par là –par où ?, vous êtes autant que moi au sud, au sud de Madagascar, j’entends.
A ce propos, on consultera avec intérêt l’ouvrage du Professeur Atlas, « De la rotondité comme latitude inaccessible ou