Patrie "hot" ?

Publié le par Persan

Je peux avouer (modestement car je sais me tenir) qu’il y a quatre ans, sur les pages numériques d’un site défunt, j’avais prédit (Madame Soleil est ma grand-mère, ça aide) que l’équipe de France ne passerait pas le premier tour.

Tout le monde était trop confiant, des plumes de coq dans le cul de tous les Français. Comme si le fait d’avoir imposé sur les Champs-Elysées le slogan « Black-Blanc-Beur », dont un certain 21 avril montrerait l’hypocrisie d’une gauche dégoulinante de bons sentiments humanistes, et d’une droite marmonnant qu’une certaine ouverture des frontières pouvait au final permettre une défense des intérêts nationaux, laissait le droit de brandir tous les quatre ans la Coupe dorée.

Les Français sont perçus dans le monde comme souvent arrogants (je suis bien placé pour le savoir). Les coqs sont à l’image des annôneurs (sic) de la « Nouvelle Star » : ils se plantent le nez au ciel, copyright Brel, et clament leur médiocrité vocale à tue tête.

Cette fois-ci, scénario inverse forcément du côté de la presse. Et l’équipe de France de se plaindre du manque de soutien de la part de la population ! J’ai beaucoup aimé l’argumentaire de je ne sais plus quel responsable de cette équipe (j’ai tendance à être un anti-passionné de foot) : les journaleux allemands ont stoppé toute critique envers leurs porteurs de crampons lorsque la compétition a débuté. Faisons donc de même. Entonnons l’hymne patriotique des onze, léchons les pieds des génies français des pelouses, suçons avec avidité les images de leurs passes gouleyantes, et surtout pas un mot de travers. Patrie « hot »…

On pourrait proposer à Besson un scénario de film de SF où le football serait érigé en nouvelle religion d’Etat, possédant sa propre police pour faire appliquer ses propres lois. On l’intitulerait non pas « 1984 » mais « 2006 ». Sobre, sans problème de traduction pour vendre aux USA.

Se pose donc la question du patriotisme, sportif en l’occurrence. Ne rien critiquer, ne pas être dans l’opposition, ou se taire. Tout cela pour faire avancer le ballon entre deux poteaux. On croit cauchemarder. La démocratie et l’un de ses corollaires, la liberté d’exprimer sans passer par les armes la moindre opinion discordante par rapport à ce que le pouvoir juge être l’intérêt général, n’existeraient donc plus une fois les portes des Stadium passées ?

Personnellement, je me réserve, comme tous les journalistes anti-patriotes, le droit de gueuler quand ça me chante contre les joueurs et d’entretenir ainsi l’âme du football, et même de ne pas regarder une finale qui opposerait cette année notre équipe à quelques sagouins étrangers en short. Mais je suis réfugié à l’étranger, au bout du monde. Je ne risque rien. Pour vous, résidant sur le sol national, attention à la PMF, Police des Mœurs du Football. La peine capitale ? Regarder tous les matchs de l’équipe de France jusqu’à la fin de vos jours. Un travail d’intérêt général ? Tondre au coupe-ongle la pelouse du Stade de France.   

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Publié dans cafeducommerce

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