Ce Népal' Pérou

Publié le par Persan

Les jeux de mots pourris ? Ce sera une marque de fabrique de ce blog. Du moment que nous en sommes conscients, on ne pourra pas nous envoyer devant le Tribunal des flagrants délires.

Pourquoi le Népal ?

Pas pour vous dispenser un cours de philosophie politique sur la manière de porter un magnifique petit chapeau royal avec au-dessous une tête de dogue aux méninges passablement givrées par les hauteurs hymalayesques.

Ni pour tenter de retrouver dans une encyclopédie du XXIème siècle la définition de « maoïste » au chapitre « Science - fiction - intergalactique - que - même - les - cadavres - de - Glucksman/Debray - n’y - croient - plus ».

Ni pour enquêter sur les babas clochardisés qui, entre la dégustation de fromages de chèvres au Larzac et le roulage de joints ou le port d’habits ridicules (« parce que moi je chie sur la société occidentale »), avaient opté pour la solution du mythe asiatique. Adam et Eve se les pelant sur les pentes enneigées et soûlant de mysticisme light les Népalais.

Non, en regardant les infos de ces derniers jours, je m’étonne une fois de plus des choix de nos présentateurs-troncs. Bon coco, le Darfour, ça commence à s’user. Ça ne progresse pas. Et puis, trop compliqué : qui tue qui ? Y’en a qui viennent du nord, d’autres du sud, d’autres encore de contrées étrangères. Un petit goût de Guerre de Sécession, mais celle-ci au moins était bien formatée pour Hollywood (dans la version qu’on nous a resucée), simple pour la comprenette. Les gentils et les méchants sur un front, en deux camps bien alignés (je sais, j’l’ai vu au cinéma), et un happy end. Au casting des infos télégéniques sans génie, le Darfour a été banni.

Alors, y’a pas kèkchose d’exotique pour mettre à côté du film habituel du 20 heures (un caillou ou une bombe palestinienne, un char israélien ; une giclée d’hémoglobine irakienne ; une sarkozette) ?

Ça bouge au Népal ? Bon, ça. On sait pas trop où c’est. C’est l’exotisme cocotier-sable blanc en miroir renversé, yacks à longues cornes et sommets éternels. Notre envoyé spécial Tintin dans un petit royaume inconnu du bout du monde en proie à un dictateur fou. Ce n’est pas la réalité ? On s’en branle, les zenfants. Faut vendre nos infos comme le dernier « Je suis un gars de base forcément crétin, sortez m’en, des inanités ». Au moins, au Népal, on peut trembler pour le peuple et on comprend : deux camps bien définis, un roi qui a la gueule de l’intransigeance, un Villepin des hautes terres. Des morts ? Encore mieux. Tope là, je produis, et je sors sans attendre le prochain Festival de Cannes.

Peu importe qu’on nous refile un ènième remake de la lutte des (vrais) peuples pour la démocratie, après le Myanmar, Haïti, l’Ukraine, et je passe les années 1990 avec ses ex-Républiques soviétiques. Puisque les téléspectateurs accrochent, se ventousent à l’écran, lançons l’épisode combien déjà ?

Peu importe que le camp de l’opposition soit en fait une coalition de circonstances, et notamment en partie noyautée par une bande de crétins qui rêvent du Grand Soir.

Et peu importe que, quand le roi lâche un morceau, on crie d suite à la victoire de la rue sur le Palais et la force armée, sans attendre de juger d’une éventuelle stratégie de diversion royale.

On prend les paris (je risque rien, je suis en ligne, inconnu derrière mon clavier) ? Les manifs terminées, les Népalais repartis à chercher à bouffer (même peu, faut ce qu’i faut), les journalistes vont plier bagages vers un autre îlot de fiction médiatique. Facile, avec la mallette satellitaire coincée entre deux pulls et un coup de peigne. Pour où ? Peut-être le Darfour si Ben Laden se mue en chroniqueur attitré d’Al Jaezira, et nous propose une lecture plus simple du conflit.

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Publié dans cafeducommerce

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