Carnets de (ma) campagne 5

Publié le par ELmaTador

La tête sous le robinet

 

Un mien parent avec qui je circulais un jour dans mon petit coin de France, me désignant des rangs parfaitement alignés de ceps lourds de belles grappes, s'écria avec entrain : "Du vin !" Cette exclamation contient dans sa brièveté le caractère bien particulier du raisin, qui n'est pas vu en tant que fruit mais plutôt en tant que promesse future d'une délicieuse boisson.

 

 

Nous sommes donc ici entourés de vignobles, à perte de vue quand les montagnes le permettent. Et ici comme partout en France, on tente de faire face à LA CRISE (animal féroce et résistant mais que personne ne parvient à décrire, si ce n'est de manière très imparfaite sous la forme de propos tels que "c'était mieux avant" ou "avec tout ce que je paie comme impôts" ou encore "ah ben y'en a qui s'en font pas"). La crise, encore elle, qui dure tant et tant que doit-on toujours l'appeler une crise ?

 

 

En tout cas, une chose est sûre, la consommation de vin diminue en France. Et il n'est pas aisé au premier quidam venu -par ailleurs bon citoyen- de se positionner entre le discours de la sécurité routière et celui du monde viticole. D'autant plus que les deux mettent en avant l'argument sanitaire ! Le premier met en garde contre l'alcoolisme, à juste titre (je précise, au cas où). Le second, tout aussi justement, insiste sur les bienfaits du vin pour contrer notamment les risques de maladies cardio-vasculaires. Je n'ai pas, quant à moi, fait de choix. Je m'efforce de tenir à distance le démon de l'alcoolisme et me contente de la douce ivresse procurée par quelques ballons de qualité, ballons de taille bien plus modeste que ceux qui entraînent l'enivrement du supporter de football ; ce delirium tremens footbalisticus n'est pas parvenu jusqu'à moi.

 

 

La consommation moyenne de vin en France est de 50 litres par an et par personne. Il paraît que je suis au-dessus... Bon, mais c'est pour mon bien, hein ! Je ne peux pas, hélas ! sauver à moi seul toute la viticulture française. D'autant plus que je me refuse à condamner, comme le font de nombreux viticulteurs, la consommation de bière et d'alcool fort. Merde alors, les brasseries ont bien le droit de vivre aussi. Et puis un doux rhum martiniquais, un schnaps alsacien bien serré, on ne crache pas dessus non plus, et c'est aussi français, n'en déplaise à ceux qui n'absorbent correctement que les accents pas trop prononcés.

 

 

Pour ne pas trop accuser les déviances du consommateur français, notamment jeune, on s'en prend souvent aux pays étrangers, qui ne veulent plus nous acheter notre pinard ou qui inondent le monde entier du leur, c'est selon. Et pire, leur pinard est souvent bon ! Mais il ne faut pas le dire... Bien campés sur leurs positions, certains viticulteurs s'insurgent contre des pratiques barbares, comme l'introduction de copeaux de bois dans les fûts pour donner au vin une puissante note tannique. Il paraît que ça se fait en Australie et ailleurs, et que ça se vend. Mais chez nous, jamais ! Le maître mot : tradition, et conséquence fréquente : perdition... À trop vouloir mettre en valeur les centaines d'appellations, plus personne ne s'y retrouve. Un Bordeaux AOC à 10 € est peut-être bien une piquette qu'un bon Vin de Pays des Coteaux de l'Ardèche à 3 € surpasse allègrement. Avec ça que l'Union Européenne accepte toute la misère du monde et envoie ses subventions agricoles vers les soûlards des Carpates, on n'est pas sorti de l'auberge (ou de la cave).

À l'élection présidentielle, le messie avait un nom : Schivardi, grand pourfendeur de l'Europe et défenseur du boire à la française. Son message n'est pas passé (ouf !). Ce n'est pas aujourd'hui qu'on trouvera une solution miracle au désastre viti-vinicole français, je préfère m'en resservir un petit pour oublier tout ça.

 

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Publié dans cafeducommerce

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