Voilà un bien piètre jeu de mots, déjà très éculé (hum ! hum !), mais qui servira d’introduction à ces quelques lignes sur les maux de la Sécu.
Récemment, je me suis frotté au monde médical en raison d’un petit souci de dextre doigté annulaire, ou en d’autres
termes : j’avais un problème au quatrième doigt de la main droite. Souci qui nécessita une intervention chirurgicale. Que mon généraliste m’ait dit : « Je ne peux rien pour
vous, je vous oriente vers un spécialiste », soit. Après tout, c’est le chemin normal. C’est après que ça pose question. Ledit spécialiste œuvre dans une clinique privée, bien sûr : en
nos campagnes, les hôpitaux publics se raréfient et se concentrent sur des maux plus communs.
Premier
passage avec ce chirurgien : « Bon diagnostic de votre généraliste. Je vous opère tel jour, vous verrez l’anesthésiste avant. » Cinquante kilomètres aller-retour, quatre minutes
trente sur place, 35 €.
Avec l’anesthésiste : « Pas d’antécédent ? Vous fumez vous buvez
vous baisez ? » Cinquante kilomètres aller-retour, trois minutes cinquante sur place, 35 €.
Opération chirurgicale : arrivée 7 h, départ 15 h... Huit heures sur place pour un quart d’heure d’opération. 270 €, dont
100 € de dépassement d’honoraires. Je mentionne, sans les compter, les multiples antiseptiques, bandages, pansements, blouse et charlotte à usage unique. Et cinquante kilomètres
aller-retour.
Visite de contrôle avec le chirurgien, après une heure et demi d’attente : « Pliez
votre doigt… Parfait ! Vous pouvez faire ce que vous voulez. » Cinquante kilomètres aller-retour, trente secondes sur place, 35 € (ça fait cher de la
seconde !).
Bilan : deux cents kilomètres ; ça, c’est pour ma pomme. Et les 375 €, qui
c’est qui paie ? C’est moi aussi, et puis vous également, et tous ceux qui contribuent à faire fonctionner notre bonne vieille Sécu.
J’aime la France pour ses services de santé de qualité, mais pour combien de temps encore ? Toujours moins de
remboursements, toujours moins de lits, de personnels, toujours plus de fermetures de maternité, toujours plus de route à faire pour trouver un médecin… Attention ! Le Tiers-Monde se
rapproche ! Non, je blague, mais en tout cas la médecine à plusieurs vitesses, on est déjà dedans.
Et
qu’on ne me ramène pas le vieil argument : « Avec les longues études qu’ils ont faits, et vu les heures qu’ils font, c’est normal que les médecins gagnent bien leur vie ! » Si on
augmentait les quotas dans les facultés de médecin, on n’en serait pas là. Et puis, pour leur service, les spécialistes ont souvent une ruche de secrétaires, comptables et autres paperassiers qui
bourdonne autour d’eux. Grande efficacité : on dirait l’usine. Un jour, sur le bureau de la secrétaire, je repère la liste des consultations de la matinée : une trentaine de noms y
figurent. À 35 € l’unité, ça fait un SMIC dans la matinée… Il y a des limites à ne pas dépasser, ne serait-ce que par décence pour les patients.
Pauvre
Sécu, j’ai mal à son trou : on l’enfonce de plus en plus profond. Et pour l’aider, on lui donne un suppo par la bouche : pas sûr que ça marche…